Dépassements d'honoraires : le cri d'alarme des associations de patients

Le CISS, la FNATH et l’UNAF ont mené l’enquête. Par l’intermédiaire de leurs représentants siégeant dans les caisses
primaires d’Assurance Maladie (CPAM), les trois
associations d’assurés sociaux ont cherché à
recueillir des informations sur les
dépassements d’honoraires au plus près du
terrain : les conseillers ont adressé aux CPAM,
courant avril 2008, une demande officielle de
communication des données à la disposition des
caisses concernant les montants des
dépassements d’honoraires par spécialité au
sein de leur zone géographique d’activité. Les
résultats sont disparates puisque seules 22
CPAM sur les 82 sollicitées ont répondu à ce
jour ! De plus, sur les 22 réponses reçues,
seules 9 d’entre elles correspondaient à la
demande d’information par spécialité et
portant à la fois sur le secteur 1 et sur le
secteur 2 ! Le CISS, la FNATH et l’UNAF
s’interrogent sur l’hétérogénéité de ces
réponses et « balancent » entre l’indifférence
vis-à-vis de légitimité de la représentation
associative dans les organismes de l’assurancemaladie
et la carence de l’Assurance maladie à
exercer le contrôle des médecins.
Les réponses (rares) indiquent notamment que les médecins du secteur 1 – pourtant autorisés à ne pratiquer des
dépassements d’honoraires qu’à titre exceptionnel, sont malgré tout nombreux à en user (83% des consultations en
gynécologie dans l’Ain, 50% des spécialistes dans les Côtes d’Armor). De plus, il apparaît que certains de ces
médecins de secteur 1 pratiquent les dépassements en dehors du cadre qui peut les y autoriser.
Les dépassements en secteur 2 peuvent atteindre des montants prohibitifs : dans le Val-de-Marne la moyenne des
dépassements des gynécologues-obstétriciens atteint 40 € par acte, en Haute-Vienne les dépassements s’élèvent à
30 € par acte en moyenne pour les anesthésistes ou les ophtalmologues, et dans le ressort d’une caisse de l’Est de la
France un stomatologue a par exemple facturé en 2007 la bagatelle de 285.000 € de dépassement !
Enfin, Il peut arriver qu’aucun chirurgien général n’exerce en secteur 1, que ce soit à l’hôpital ou en clinique (c’est
ce que rapporte la CPAM du Gard dans son rapport d’activité pour 2007).
Le CISS s’appuie aussi sur le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) qui relève que les
dépassements d'honoraires ont augmenté de plus de 40 % en dix ans. Ils génèrent 2 milliards de revenus annuels pour
les médecins libéraux. La charge pèse aux deux tiers sur les patients, après intervention de leurs mutuelles santé. Dans les grandes villes, comme Paris, Lyon, Marseille ou Nice, l'accès à des spécialistes pratiquant les tarifs de la Sécurité
sociale (secteur 1) est parfois impossible. L'IGAS estime que les dépassements d'honoraires "constituent un recul de
la solidarité nationale" et "génèrent des inégalités d'accès aux soins, voire des renoncements".
la solidarité nationale" et "génèrent des inégalités d'accès aux soins, voire des renoncements".
La Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) indique au contraire qu'elle a engagé, en 2007, "une stratégie
nationale de réduction des dépassements manifestement excessifs", visant notamment les médecins de secteur 2
(honoraires libres). Les dépassements n'étant pas plafonnés, elle apprécie si ces praticiens fixent leurs honoraires
avec "tact et mesure", seule obligation que leur impose le code de déontologie médicale. Ciblant spécifiquement
les médecins en situation de monopole, la Caisse a déposé plainte contre neuf d'entre eux, en 2007, devant le
conseil de l'ordre.
Pour aller plus loin, la CNAM attend l'application d'une disposition de la loi de financement de la Sécurité sociale de
2007, qui lui accorde un pouvoir de sanction administrative direct contre les médecins. Le ministère de la santé
indique que le décret instaurant ces sanctions, qui prévoit également une répression en cas de non-affichage des
tarifs dans les salles d'attente, est devant le Conseil d'Etat.
Quant à l'obligation pour les médecins de fournir un devis aux patients au-delà d'un certain seuil, le décret est
toujours en discussion. Le conseil de la CNAM a en effet désapprouvé le projet du ministère de la santé de fixer ce
seuil à 80 euros, craignant qu'il ne devienne une "référence acceptable alors même qu'il est loin d'être pratiqué sur
l'ensemble du territoire".
Pour l'heure, le ministère de la santé n'envisage aucune mesure supplémentaire. Il s'en remet aux discussions entre
la CNAM et les médecins visant à la création d'un "secteur optionnel" : il s'agit d'obtenir une modération des
dépassements des médecins de secteur 2 en contrepartie d'avantages sociaux. Réclamée par la Confédération
syndicale des médecins français (CSMF), la mesure est rejetée par les patients : selon eux, le secteur optionnel,
"loin de limiter les abus du secteur 2", risque d'aboutir à la "disparition totale du tarif opposable de secteur 1, seul
dispositif pouvant garantir l'accès aux soins pour le plus grand nombre".
source : Apicil
Afin de limiter l'impact des dépassements d'honoraires, comparez votre mutuelle santé grâce à notre comparateur de complémentaire santé. |