Coût des médicaments : la France des records

Les Français restent les plus gros consommateurs de médicaments en Europe. Parce qu'ils
utilisent les produits les plus récents et les plus chers, ils battent aussi les records en matière de
dépense annuelle : avec 284 euros par habitant, celle de la France est de 40 % à 80 %
supérieure à celles de l'Allemagne ou du Royaume-Uni. Au total, les montants remboursés par la
Sécurité sociale ont atteint, en 2006, 20,3 milliards d'euros, soit le tiers des dépenses de
soins de ville pour une consommation de 2,5 milliards de boîtes, flacons et autres emballages
vendus en pharmacie.
En France, 90 % des consultations chez le généraliste donnent lieu à une ordonnance, contre
72 % en Allemagne et 43 % aux Pays-Bas. Parmi les personnes âgées de plus de 65 ans en affection
de longue durée, 1,5 million consomment 7 médicaments de classes thérapeutiques différentes.
La liberté de prescription est l'un des piliers de la médecine libérale en France. Contrairement à leurs
homologues anglais, les médecins français ne subissent aucune contrainte sur leurs choix
thérapeutiques. Dans une étude comparative des pratiques européennes dans 9 classes
thérapeutiques - qui représentent en France 40 % des dépenses de médicaments, soit 8 milliards
d'euros -, la CNAM relève que les praticiens ont tendance à privilégier les produits les plus
récents, et donc les plus chers, au détriment des molécules les plus anciennes et souvent
accessibles en génériques.
A titre d’exemple, pour le traitement des ulcères - un milliard d'euros remboursés -, la consommation
des Français est certes inférieure à celle des Espagnols, mais le coût par habitant est respectivement
de 16,5 euros contre 9,6 euros par habitant en Espagne, en raison d'un recours plus systématique aux
génériques. Selon l'assurance-maladie, les médecins français "passent trop vite aux médicaments les
plus puissants, qui ne sont pas forcément ceux dont on a le plus besoin". br />
L'industrie pharmaceutique invoque les différences de pratiques. Claude Bougé, directeur général
adjoint des Entreprises du médicament (LEEM) souligne que "La France présente les meilleurs
indicateurs de santé publique". Selon lui, il existe une "puissante convergence des comportements des
consommateurs des autres pays européens" qui, eux aussi, connaissent une forte augmentation des
coûts liée à la hausse des affections les plus graves.
Dans son rapport sur l'information des généralistes, l'IGAS met pourtant en évidence l'importance de
la visite médicale des représentants des laboratoires pharmaceutiques, qui y consacrent chaque année
près de 3 milliards d'euros, soit 75 % de leurs dépenses promotionnelles. Pour autant, relève l'étude,
"35 % à 42 % des généralistes interrogés disent ressentir un manque d'informations pour ce qui
concerne les données comparatives, les niveaux d'amélioration de service médical rendu, les effets
secondaires ou les interactions médicamenteuses". De surcroît, "la visite médicale, financée en fait par
la collectivité au travers des prix administrés des médicaments, s'avère un moyen très coûteux : plus
de 25 000 euros par généraliste et par an".
Les autres pays européens se sont dotés d'organismes et d'autorités indépendantes chargées d'édicter
les "bons usages" à moindre coût. En France, cette mission incombe à la Haute Autorité de santé
(HAS), qui peine à s'affirmer. L'assurance-maladie a commencé à former ses délégués chargés de
rencontrer et d'informer les médecins. Une sorte de contrepoids encore bien fragile face à la puissance
des laboratoires pharmaceutiques.
source : Apicil |